Le président iranien s'est dit prêt, la semaine dernière, à envoyer à l'étranger presque tout l'uranium faiblement enrichi dont dispose son pays, semblant ainsi répondre aux exigences de l'Agence internationale de l'énergie atomique, préoccupée par son possible volet militaire.
On fournit toutes sortes d'explications à cet apparent recul : la crise politique consécutive à la présidentielle de l'an dernier; une impasse dans le programme nucléaire lui-même; son impact sur une économie en crise; une simple manoeuvre pour gagner du temps. Il y a sans doute un peu de tout cela. Mais Obama est lui aussi dans une impasse.
Au moment même où Ahmadinejad semblait faire marche arrière, le Sénat, de son côté, votait pour l'établissement de sanctions unilatérales pénalisant les entreprises étrangères exportant vers l'Iran du matériel destiné à accroître ses capacités de raffinage du pétrole brut.
Ces mesures sont autant de nature à entretenir les difficultés économiques de l'Iran qu'à nourrir l'écart entre les États-Unis et les autres pays du Conseil de sécurité - principalement la Chine et la Russie - sur les sanctions à infliger à Téhéran et qu'à miner le propre programme d'Obama en cette matière.
Barack Obama, en effet, veut mettre en place des sanctions ciblant surtout les Gardiens de la révolution, maîtres d'oeuvre du fameux programme, et que l'on estime des plus haïs par les Iraniens eux-mêmes, dans le contexte de la crise politique en cours. Il ne veut pas pénaliser les Iraniens dans leur ensemble.
Lors de son discours sur l'état de l'Union, il y a deux semaines, Obama a peu parlé de politique étrangère, dont la crise du nucléaire iranien. Son silence témoigne sans doute d'une primauté de la politique intérieure.
Mais il traduisait aussi un certain désarroi devant le blocage des trois grands dossiers qui déchirent la région : l'impasse dans le conflit israélo-palestinien, le refus du Pakistan de livrer une guerre d'envergure dans les zones tribales contre les talibans et, bien sûr, la question iranienne. Il y avait donc forcément, là aussi, un souci de gagner du temps.
Mais il exprime aussi peut-être un sentiment d'urgence décroissant.
En effet, l'administration Obama s'est livrée à une réévaluation apparemment en profondeur du programme nucléaire iranien qui l'a menée à deux conclusions.
Contrairement à une évaluation faite à la fin de 2007 par les services de renseignement américains, le programme nucléaire iranien, en ce qui concerne la «bombe» en tout cas, n'a pas été suspendu, en 2003, mais seulement mis au ralenti.
Contrairement aussi à l'évaluation du même programme, y compris dans son volet militaire, qu'en font ceux qui estiment qu'il se continue et va même en s'accélérant, l'administration américaine a conclu qu'il se ralentissait de plus en plus, les Iraniens étant en perte de vitesse quant à leurs capacités d'enrichissement de l'uranium. Elle recule notamment de 18 mois ou à deux ans le moment de la fameuse percée permettant à l'Iran d'avoir la «bombe» ou les moyens
de l'avoir dans de très brefs délais.
L'administration Obama aurait même réussi à rassurer Israël.
C'est un répit pour tout le monde, sans doute. Mais il suffit de graves développements dans les deux autres grandes crises régionales, pour redonner une nouvelle urgence à celle du nucléaire iranien.











