Huit mois qu'il attendait ça. Huit mois durant lesquels ses faits et gestes ont été régulièrement commentés. Encore plus ses paroles devenues rares. De retour en équipe de France pour la première fois depuis sa vraie fausse-agression en Nouvelle-Zélande, Mathieu Bastareaud était, une nouvelle fois attendu au tournant. Sur le terrain cette fois. « J'étais déjà content d'être dans les 30, disait-il cette semaine à Marcoussis. Je voulais être dans les 23 et je suis dans les 15. Je serai encore plus content si on gagne dimanche. On n'offre pas à tout le monde une deuxième chance en équipe de France. A moi de la saisir. » Quarante minutes avant le début du match, il a été l'un des premiers à partir s'échauffer sur cette pelouse qu'il avait déjà foulée le mois dernier en H Cup lors de la défaite contre Edimbourg. Associé à Yannick Jauzion, comme la saison dernière contre le pays de Galles et l'Angleterre, le centre du Stade Français devait apporter sa puissance à l'attaque des Bleus. Un duo de costauds aux ambitions claires : faire mal à la défense écossaise en l'éprouvant. lI ne faudra pas essayer d'inventer de nouvelles choses. Dans la bouche de l'ancien joueur de Massy, cela donne : « Nous devrons jouer sur nos forces et exploiter leurs faiblesses. Il faudra faire une bonne entame de match. Et je pense que le reste, ça ira. »
Après La Marseillaise passée aux côté de Jauzion et Morgan Parra, il a repris sa vie en Bleu. En mettant enfin le passé de côté. Il aura pourtant fallu attendre plusieurs minutes pour qu'il touche son premier ballon. Pour une première charge. Dans la foulée, il a aussi adressé une passe sur un pas malgré un bon tampon de l'ailier Thom Evans. Son match était lancé. Mais pas aussi bien qu'il l'espérait. Car, comme les autres, il a dû défendre dans les premières minutes. Il fallait laisser passer l'orage. Et comme un symbole, c'est lui qui a marqué le premier essai français. Son premier en cinq sélections. Après quatre mêlées consécutives, la charnière a pris les choses en main. Servi par François Trinh-Duc après une sautée, il s'est retrouvé seul en coin pour donner l'avantage à son équipe. Ce n'est évidemment pas l'essai le plus difficile qu'il ait marqué dans sa jeune carrière mais celui-là sonne comme un nouveau départ en équipe de France. Sur ses plaquages toujours agressifs, il a tenté de contrarier régulièrement les relances écossaises à défaut d'avoir de bons ballons à jouer. Avec un seul raté à la 23eme minute, pris de vitesse.
Deuxième percée et deuxième essai. A la 34eme minute, le Parisien, servi par Imanol Harinordoquy, transperce toute la défense, feinte la passe vers Clément Poitrenaud placé sur sa gauche, met dans le vent trois Ecossais et file dans l'en-but. Sa joie est à la hauteur du grand numéro qu'il vient de réaliser. Car cet essai, contrairement au premier, est bien un exploit individuel. En l'espace de quelques secondes et d'une vingtaine de mètres, il a prouvé qu'il avait bien sa place dans cette équipe de France. Surtout avec un Yannick Jauzion nettement plus en forme que la saison dernière. Son retour ne pouvait pas mieux se passer. Le gamin de 21 ans au gabarit hors-nome (1,73 m, 113 kg) a été l'un grands artisans de ce succès. Certains évoqueront une résurrection. D'autres un nouveau départ. Ou encore la fin d'une malheureuse histoire. Peu importe. Certes, tout n'a pas été parfait, notamment dans son entente avec François Trinh-Duc, mais ce 7 février restera en tout cas à jamais comme un moment charnière de sa carrière internationale. Et au regard de son match écossais, qu'il a terminé à à la 72eme minute en étant remplacé par David Marty, l'avenir de Mathieu Bastareaud en équipe de France est sans doute très loin d'être terminé.